Tout le plaisir de la photographie
est là: guetter la coïncidence de plusieurs petits hasards,
un instant, mettre de l'ordre dans le chaos ambiant, trouver des formes
lisibles dans cette humanité qui grouille.
Henri COLDEBOEUF.
On ne se méfie jamais assez
des photographes. Vous les voyez passer, l'air de rien, ou qui font
semblant de fouiner ailleurs, alors qu'il n'y a que vous qui les intéressez.
En un sens, vous devriez vous sentir flattés. Même s'il
y a de fortes chances pour que l'image de vous que cet artificier sournois
va piéger dans sa boîte corresponde mal à celle
que vous êtes habitués à voir dans votre glace depuis
votre naissance.
C'est justement son boulot, à ce photographe, de vous replacer
dans un cadre qui, malgré toutes les apparences de la familiarité,
ne jouera pas sur votre narcissisme. Evidemment, si vous n'êtes
pas d'accord, vous pouvez toujours solliciter un rendez-vous avec Monsieur
Karsh. Sinon, laissez faire le hasard: c'est le meilleur allié
d'Henri Coldeboeuf. Et comme chez lui, cela rime souvent avec tendresse,
humour, bonheur ou je ne sais quoi de rare et d'imprévisible,
vous allez découvrir que votre sort de bipède exilé
sur la planète terre n'est peut-être pas aussi quelconque
que la morosité de certains jours pourrait vous le laisser supposer.
Henri Coldeboeuf a reçu quand il était petit un gros volume
des oeuvres complètes de Robert Doisneau sur la tête -
avec quelques pages mémorables d'Izis et de Jules Renard pour
faire bonne mesure. Depuis, il a du mal à voir le monde sans
sourire, avec cette ironie boudeuse et amusée des vieux chats
qui savent encore courir après une pelote de laine.
Alain DISTER.
Critique Photographique au Nouvel Observateur.
http://www.alaindister.com